Alors que débute cette nouvelle année, je souhaite prendre un moment pour revenir sur celle qui vient de s’achever et sur les défis qu’elle a posés à WIEGO.

L’année a été exigeante, marquée par l’aggravation de la crise du secteur du développement, dans un contexte complexe de multiples crises mondiales interconnectées, dont la crise climatique. À cet égard, nous avons poursuivi notre travail de documentation, tant sur ses impacts que sur les solutions, dans des villes du Brésil, de l’Inde et de la Thaïlande.

Elle a toutefois également été marquante, en ce qu’elle reflète la mission centrale de WIEGO : remettre en question les systèmes qui perpétuent les faibles revenus, la pauvreté et les inégalités, et contribuer à ce que les travailleuse·eur·s de l’informel puissent participer à la définition des règles encadrant leurs conditions de travail.

Remettre l’économie informelle au cœur des débats sur les politiques économiques et climatiques

Dans ce cadre, l’un des principaux axes de l’année a consisté à réaffirmer la place centrale de l’économie informelle dans les débats mondiaux sur l’économie et ses alternatives. Aux côtés de l’Institut mondial de recherche sur l’économie du développement des Nations unies et de SEWA, nous avons contesté la caractérisation persistante de l’économie informelle comme intrinsèquement improductive — une hypothèse qui continue de biaiser les politiques économiques au détriment d’un soutien adéquat aux entreprises informelles —. Pour ce faire, nous avons examiné de manière critique les hypothèses, les concepts et les méthodes de mesure qui sous-tendent les calculs de productivité.

Nous avons mené une coalition de solidarité du réseau WIEGO lors du Sommet des peuples du 99 %, organisé en parallèle des réunions du G20 à Johannesburg. À cette occasion, nous avons fait valoir que les efforts visant à réduire les inégalités doivent accorder une attention réelle et soutenue aux besoins de l’économie informelle, en soulignant que son exclusion continue de constituer un angle mort majeur de la pensée économique, tant orthodoxe qu’hétérodoxe.

Le réseau WIEGO a également été présent cette année à la COP30, à Belém. L’Alliance internationale des récupératrice·eur·s a salué le document final adopté, qui affirme que les pays doivent garantir une participation large et significative afin d’assurer des trajectoires de transition justes, y compris pour les travailleuse·eur·s de l’informel. Cet engagement est fondamental, dans la mesure où les travailleuse·eur·s de l’économie informelle — notamment les récupératrice·eur·s — jouent un rôle central et direct dans la construction d’alternatives économiques durables.

Politique fiscale, protection sociale et négociation collective : avancer vers une formalisation fondée sur les droits

Les politiques publiques abordent le plus souvent l’économie informelle à travers des initiatives de formalisation. Toutefois,bien que la Recommandation n° 204 de l’Organisation internationale du Travail sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle établisse un ensemble clair d’orientations pour ce type de processus, la formalisation — qui recouvre un large éventail d’enjeux de politique publique, allant du dialogue social à la protection sociale et à la politique fiscale — demeure un terrain disputé.

Tout au long de l’année 2025, nous nous sommes attachés à renforcer et à mieux structurer la lutte en faveur d’une approche de la formalisation impulsée par les bases, fondée sur les droits et de nature progressive. Cela a inclus un travail conjoint avec l’Alliance internationale des récupératrice·eur·s, StreetNet International, la Fédération internationale des travailleuse·eur·s domestiques et HomeNet International, afin d’influer sur les débats de la Conférence internationale du Travail relatifs à la formalisation. Par ailleurs, nous avons accompagné la reconnaissance officielle du Front parlementaire pour la défense des travailleuse·eur·s de l’économie informelle par le gouvernement brésilien. Cette initiative, soutenue par WIEGO et la Centrale unique des travailleuse·eur·s (CUT), vise à suivre et à améliorer la législation fédérale en matière d’informalité.

En nous appuyant à la fois sur le droit international des droits humains et sur le droit du travail, nous avons mené un travail conceptuel novateur afin de progresser vers la construction d’un cadre juridique permettant la négociation collective des travailleuse·eur·s indépendant·e·s de l’économie informelle. Ce travail a été présenté lors de la Conférence biennale sur la régulation pour le travail décent de l’Organisation internationale du Travail.

La lutte en faveur d’une formalisation progressive a constitué un autre fil conducteur de notre travail en matière de protection sociale et de politique fiscale. Tout au long de l’année, WIEGO a soutenu les travailleuse·eur·s de l’informel à travers la production de données et le renforcement des capacités, afin de leur permettre de négocier des réglementations fiscales plus justes, en étroite collaboration avec le Centre international pour la fiscalité et le développement. En Asie du Sud-Est, nous avons déployé, à l’échelle régionale, une formation sur le financement de la protection sociale destinée aux travailleuse·eur·s. Au Nigeria, la Fédération des travailleuses et travailleurs de l’économie informelle s’est appuyée à la fois sur des recherches collaboratives menées par WIEGO, la CSI-Afrique et l’Organisation internationale du Travail, ainsi que sur les connaissances acquises lors de formations antérieures, pour plaider en faveur d’un financement subventionné du système nigérian de micro-pensions dans le cadre du Dialogue national de haut niveau sur l’extension de la protection sociale à l’économie informelle. Au Ghana, la fourniture de services de garde d’enfants pour les travailleuse·eur·s de l’informel — un aspect pris en compte dans la Recommandation n° 204, mais qui demeure trop souvent relégué dans les politiques et les débats sur la formalisation — a bénéficié d’un élan significatif avec l’intégration des Directives et normes relatives aux centres de garde d’enfants dans les marchés et à leurs abords dans la nouvelle politique nationale de développement de la petite enfance, adoptée en juin 2025.

Une année de réflexion, de changement et de renouveau pour WIEGO

Si l’année écoulée a été marquée par de nombreux résultats visibles à l’extérieur, elle a également constitué une période de réflexion interne pour l’équipe de WIEGO. Les quatre réseaux mondiaux étant désormais pleinement établis et exerçant un leadership de plus en plus affirmé, nous traversons aujourd’hui une phase de transformation. Le mouvement dont nous faisons partie gagne en force, en confiance et en complexité, et cette dynamique nous oblige à réfléchir avec attention à la manière dont notre rôle doit évoluer à ses côtés. L’année qui s’ouvre nous invitera à écouter attentivement, à faire preuve d’honnêteté quant à ce que nous faisons le mieux et à nous adapter lorsque cela s’avère nécessaire, afin que WIEGO continue d’accompagner le mouvement de façon utile et adaptée à ses besoins.

Je suis profondément reconnaissante envers l’équipe de WIEGO pour le soin, l’engagement et l’intégrité qu’elle apporte à ce travail. Les avancées réalisées n’en sont que plus remarquables si l’on considère l’incertitude profonde qui a marqué le secteur des organisations à but non lucratif cette année. Je remercie également nos organisations partenaires ainsi que celles et ceux qui nous soutiennent financièrement pour leur solidarité et leur confiance. Et, par-dessus tout, je remercie les travailleuse·eur·s ainsi que les organisations qui cheminent à nos côtés, nous interpellent et nous rappellent constamment pourquoi ce travail compte. J’espère pouvoir continuer à accompagner et à renforcer ce travail collectif tout au long de l’année 2026. Aujourd’hui plus que jamais, ce travail est essentiel.

En solidarité,

Laura Alfers
Coordinatrice internationale, WIEGO