Le recyclage en Colombie : Un service essentiel en temps de la COVID-19

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Waste Pickers in Colombia during COVID-19 crisis
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Olga Abizaid, with Federico Parra

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La reconnaissance du rôle essentiel des récupératrice·eur·sdans le service de gestion de déchets publique était l’objectif stratégique que l’Asociación Nacional de Recicladores (ANR) s'est fixé dans les années 1990. Cela permettrait aux récupératrice·eur·sde défendre leur droit de continuer à travailler, d’avoir un accès sûr aux matériaux et d’améliorer la position des récupératrice·eur·s dans la chaîne de valeur. Dans un webinaire de la série La voix des travailleuse·eur·s, Nohra Padilla, dirigeante de l’Asociación de Recicladores de Bogotá (ARB) et de l’ANR, partage avec d’autres travailleuse·eur·s les moments clés de la lutte dans laquelle les récupératrice·eur·s ont été reconnu·e·s comme fournisseuse·eur·s du service public de recyclage. Dans cette conversation avec Federico Parra, coordinateur des récupératrice·eur·s de WIEGO pour l’Amérique latine, Nohra parle également des processus de plaidoyer qu’elles ont mené pour préserver leur rôle en tant que fournisseuse·eur·s de services publics et des défis que pose la pandémie COVID-19 pour les récupératrice·eur·s en Colombie.

Reconnaissance en tant que fournisseuse·eur·s d’services publics

Colombia municipalities where waste pickers organizations are providing recycling public services
(De gauche à droite) Municipalités en Colombie où les organisations des récupératrice·eur·s fournissent le service public de recyclage. Source : Federico Parra. Municipalités de Colombie où les organisations des récupératrice·eur·s membres de l’ANR fournissent le service public de gestion de déchets. Crédits : ANR.

Tout au long d’une lutte de plus de 3 décennies, les récupératrice·eur·s, sous la direction de l’ARB, sont parvenu·e·s à quelque chose d’inédit. La mise en place d’alliances, de mobilisations et de recours à la voie judiciaire (par le biais de recours de tutelles et de procédures pour outrage) a conduit plusieurs fois la Cour constitutionnelle à ratifier le rôle environnemental des récupératrice·eur·s, leur rôle de fournisseuse·eur·s de services publics et la nécessité de leur fournir une protection spéciale de l’État. Dans l’Arrêt 275 de 2011 on prévoit également la reconnaissance et la rémunération des les récupératrice·eur·s en tant que fournisseuse·eur·s de services publics de recyclage – un nouveau composant dans la gestion des déchets, qui fonctionnerait en parallèle avec la composante de collecte des déchets ménagers –.

« Nous ne demandions pas à être rémunéré·e·s. » « Toutefois, la Cour, dans son interprétation de ce qui devrait être la protection des droits, a estimé qu’elle devait aller plus loin. » —Nohra Padilla.

Pour assurer l’accomplissement de cet arrêt, la Cour constitutionnelle a ordonné au gouvernement national de réglementer le fonctionnement et le paiement de ce service au niveau national, ouvrant ainsi la possibilité que les organisations de récupératrice·eur·s dans tout le pays, et non pas seulement celles de Bogotá, puissent être reconnues comme des fournisseuses du service de gestion de déchets. Mais, ce n’est qu’en 2016, à la demande de la Cour constitutionnelle, que le gouvernement a publié le Décret national 596, dans lequel le fonctionnement du service de recyclage a été institutionnalisé.

Le paiement pour le recyclage est basé sur la quantité de matières recyclables collectées, transportées et effectivement commercialisées (moyennant une facture) pour être réutilisées. Il été assimilée au paiement pour le service de déchets à domicile, de la collecte à l’enfouissement dans les sites d'enfouissement sanitaires.

Malgré les limites du décret et le calcul du paiement, la reconnaissance en tant que fournisseuse·eur·s de services publics a été une énorme conquête des organisations de récupératrice·eur·s. Une conquête qui, cependant, continue de faire face à des menaces de sources multiples, la pandémie COVID-19 n’étant que la plus récente d’entre elles.

La désignation de travailleuse·eur·s essentiel·le·s pendant la pandémie

Waste pickers in Colombia during COVID-19 crisis
(de gauche à droite et de haut en bas) Cabine d’aspersion à Bogotá (par ARB) ; membre d’ARAUS désinfectant des matériaux à Bogotá (par ARAUS) ; membre de la Cooperativa Bello Renacer en Bucaramanga (par Cooperativa Bello Renacer) ; membres d'ARAUS fournissant des services à Bogotá (par ARAUS) ; membre de Planeta Verde à Rionegro (par Planeta Verde) ; membre de l’ARB avec un uniforme anti-fluides à Bogotá (par ARB).

Les jours qui ont suivi la confirmation des premiers cas de COVID-19 en Colombie ont été d’une grande incertitude pour les organisations qui fournissaient le service public de recyclage dans le pays depuis 2016. Le gouvernement définissait des mesures pour prévenir la propagation de la maladie et des services essentiels qui permettraient aux gens de rester à la maison. Sans inclure le service de recyclage parmi eux, les organisations de récupératrice·eur·s risquaient d’être déplacées par les entreprises de collection de déchets ménagers, perdant ainsi la reconnaissance et le paiement pour la fourniture de services pour lesquels elles s’étaient battues si durement.

Le premier objectif était clair : la désignation du recyclage comme un service essentiel et l’accréditation des organisations des récupératrice·eur·s pour le fournir dans le contexte de la pandémie. Suite à un fort travail de plaidoyer de la part de l’ANR et des alliés auprès le gouvernement national et l’Alliance nationale pour le recyclage – un forum qui réunit les parties prenantes du recyclage – cette désignation a été obtenue pour les organisations de récupératrice·eur·s (Décret National 457 de 2020). Mais ce n’était que le début.

Les organisations des récupératrice·eur·s ont dû surmonter d’autres défis pour continuer à fonctionner. En plus des gants et des masques, les récupératrice·eur·s doivent porter des uniformes anti-fluides pour réduire le risque de contagion Les nouveaux protocoles stricts et les mesures de santé et de sécurité comprennent : les systèmes de désinfection dans les centres de stockage et tri ; l’utilisation de cabines d'aspersion avec de l’alcool et de la rue (une plante également connue sous son nom scientifique, Ruta graveolen) ; et l’établissement d’horaires afin que les matériaux collectés soient isolés pendant 14 jours. L’ANR aide maintenant d’autres organisations de récupératrice·eur·s à élaborer leurs protocoles et leurs programmes de surveillance dans tous leurs processus.

Les disparités dans la chaîne de recyclage résultant des mesures de confinement sont également un défi pour les organisations. Par conséquent, l’ANR a pu intervenir pour que quelques-un·e·s de ces actrices·eur·s soient considéré·e·s comme essentiel·le·s, par exemple, les productrices·eur·s d’emballages médicaux.

Bien que les récupératrice·eur·s continuent de travailler, leur revenu a été affecté. L’argent qu’elles reçoivent pour leurs services – à partir des frais des services de gestion de déchets– est plus faible et les ventes des matériaux ont diminué. Et la crise est loin d’être terminée.

« La prochaine période de la crise sera plus forte. » —Nohra Padilla.

Les organisations se préparent à un nouveau confinement, ce qui implique des limitations à la circulation des personnes, des impacts sur la consommation et des besoins opérationnels supplémentaires. La situation sera encore plus compliquée pour les récupératrice·eur·s qui ne sont pas habilité·e·s à fournir des services (des organisations naissantes et celles engagées dans le travail de recyclage sans être organisées).

Les organisations sont conscientes de la nécessité de continuer à renforcer leurs organisations et leurs processus productifs pour continuer à fournir des services et pouvoir ainsi maintenir leurs moyens de subsistance sans compromettre leur santé. Pour assurer le bien-être des récupératrice·eur·s, il est crucial que la société apprenne à séparer correctement ses déchets afin d’éviter de plus grands risques. Il est également urgent que les autorités municipales assument leur responsabilité dans la promotion et l’accompagnement des processus organisationnels des récupératrice·eur·s et qu’elles mettent en œuvre des actions positives, comme l’a ordonné la Cour constitutionnelle, pour consolider la fourniture du service public de recyclage.

Crédits de la photo principale : ARB

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