De la recherche climatique à l’action climatique : cartographie des impacts du changement climatique sur les récupératrice·eur·s de matériaux du Brésil

Hero Image
Poor infrastructure
Published Date
Par
Sonia M. Dias, Ana Carolina Ogando, Vanesa Castan-Broto, Juliana Gonçalves, Breno Cypriano

Disponible aussi en anglaisespagnol, et portugais.


Dans les zones urbaines se battant contre le changement climatique, les récupératrice·eur·s de matériaux sont en première ligne. Allant des températures en hausse aux conditions de travail changeantes, une nouvelle étude souligne le rôle vital que jouent les récupératrice·eur·s de matériaux dans la gestion des déchets urbains, ainsi que la manière dont elles·ils font face aux défis qu’implique le changement climatique au Brésil.


Les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes environnementales prennent une place de plus en plus importante dans les médias depuis quelques années à l’échelle mondiale. L’urgence climatique est extrêmement préoccupante pour la santé et le bien-être des personnes, et entraîne des coûts sociaux et économiques considérables.

Les villes, en raison de la croissance démographique, de l’augmentation des polluants et de la diminution des espaces verts, sont largement responsables du changement climatique. Cependant, les villes abritent également une vaste population occupée dont la contribution à la durabilité environnementale n’est pas prise en compte : les récupératrice·eur·s de matériaux de l’informel, connu·e·s au Brésil sous le nom de « catadoras e catadores de materiais recicláveis », qui s’occupent du recyclage des déchets urbains mis au rebut. Leur rôle intégral dans la réduction des déchets et de l’utilisation des ressources est essentiel à la mise en place d’économies circulaires et à la diminution des émissions de carbone.

En parallèle, les récupératrice·eur·s de matériaux font face directement à des difficultés imposées par le changement climatique, telles que les perturbations causées par les vagues de chaleur, les inondations soudaines et les sécheresses. Par exemple, pour celles et ceux qui travaillent dans les rues ou dans les centres de recyclage, les inondations et la pluie peuvent affecter directement leur possibilité de travailler et réduire la qualité des matériaux collectés, tandis que les vagues de chaleur et la hausse des températures ont un impact direct sur la santé et la vie de ces travailleuse·eur·s, qui risquent de se déshydrater, de s’évanouir ou de subir des coups de soleil.

Malgré leur rôle crucial, nous ne savons que très peu au sujet de la manière dont les récupératrice·eur·s de matériaux perçoivent le changement climatique, de l’importance de ce dernier pour leur travail et de leur réaction face aux changements déjà perceptibles dans l’environnement où elles·ils travaillent. Afin de combler cette lacune, WIEGO, en partenariat avec l’université de Sheffield, a mené un projet de cartographie exploratoire au Brésil, qui a recueilli leurs perceptions et leurs expériences en matière de changement climatique, en 2022 et 2023. L’étude comportait une enquête auprès de 93 récupératrice·eur·s de matériaux, des groupes de discussion participatifs et des entretiens avec des informatrice·eur·s clés, ce qui a permis d’analyser en détail leurs expériences quotidiennes dans un environnement changeant.

L’une des principales conclusions de l’étude est qu’une grande majorité des récupératrice·eur·s de matériaux (91 % des personnes interrogées) ont été confronté·e·s à un ou plusieurs effets du changement climatique au cours des six mois précédant l’enquête. Cela montre que, pour la plupart des récupératrice·eur·s de matériaux, le changement climatique est déjà une réalité quotidienne. Elles·Ils ont dit comprendre à quel point leur travail est étroitement lié à des conditions environnementales générales dans le monde entier. 

Workers cope with heat waves
Les travailleuse·eur·s improvisent pour faire face aux vagues de chaleur. Des espaces de travail adaptés au changement climatique sont essentiels dans les plans d’adaptation. Crédit photo : archives Coopesol Leste

L’étude révèle que, malgré ces défis, les récupératrice·eur·s de matériaux ont développé une série de stratégies pour faire face aux différentes conséquences du changement climatique. Par exemple, les récupératrice·eur·s qui travaillent dans des coopératives et dans des centres de recyclage veillent au stockage du papier et d’autres déchets réutilisables qui risquent de perdre de leur valeur lorsqu’ils sont mouillés. Beaucoup de récupératrice·eur·s ont également mentionné le besoin d’adapter leurs schémas de travail aux températures en hausse dans les centres de recyclage et dans la rue. Malheureusement, l’étude montre également que les récupératrice·eur·s de matériaux n’ont jusqu’à présent reçu qu’un soutien limité de la part des institutions existantes et que, lorsqu’elles·ils en ont reçu – des dons d’équipements, de camions ou d’installations de tri alternatives –, cela a été ponctuel et temporaire. Les coopératives offrent une certaine assistance, mais elles ne parviennent pas à répondre à la précarité multiforme à laquelle sont confronté·e·s les récupératrice·eur·s de matériaux, en particulier celles et ceux qui ne sont pas organisé·e·s et qui sont généralement exclu·e·s des mesures de soutien proposées par les gouvernements locaux.

Le point central de la méthodologie de la recherche consistait pour l’équipe du projet à s’engager activement dans un dialogue sur le changement climatique avec les récupératrice·eur·s de matériaux dans les coopératives, ainsi qu’avec les récupératrice·eur·s non-organisé·e·s sur une période de plusieurs mois. Conformément aux principes de la recherche-action, le projet comprenait des discussions de formation après la collecte des données afin de permettre aux travailleuse·eur·s de mieux comprendre le langage à propos du changement climatique. Ce volet de formation visait à travailler ensemble pour mettre en lumière le fait que la contribution des récupératrice·eur·s de matériaux à la réduction de la vulnérabilité de leur lieu de travail et des émissions de carbone devrait être largement reconnue.

Le projet prévoyait également un dialogue politique qui a été organisé conjointement avec la municipalité de Belo Horizonte, le Mouvement national des récupératrice·eur·s de matériaux recyclables (MNCR) et le bureau du procureur de l’État de Minas Gerais. Nous avons partagé et discuté les résultats du dialogue avec les travailleuse·eur·s et les principales parties intéressées. Lors de cet événement, le bureau du procureur a signé une lettre avec WIEGO dans laquelle il s’engage à utiliser le calculateur d’émissions de GES de WIEGO. Une autre lettre a été signée entre le Forum municipal sur les déchets et la citoyenneté – une plateforme multipartite composée de récupératrice·eur·s de matériaux, des fonctionnaires de l’État et des représentant·e·s de la société civile – et WIEGO, dans laquelle le Forum s’engage à documenter les impacts du changement climatique dans les coopératives des récupératrice·eur·s de matériaux à Belo Horizonte.

L’étude souligne que les villes ont une occasion unique de façonner une transition juste en intégrant les expériences des récupératrice·eur·s de matériaux et en répondant aux demandes spécifiques de leur secteur dans les plans d’adaptation au changement climatique. Reconnaître les travailleuse·eur·s de l’informel et renforcer leur résilience bénéficient non seulement à elles·eux, mais aussi à la résilience de la ville dans son ensemble. L’heure est à l’action climatique.


Photo du haut : La coopérative Unicicla dans la ville de Nova União, janvier 2020. Les infrastructures déficientes exacerbent les effets du changement climatique. Crédit photo : Murilo Godoy
Sujets de l'économie informelle
Groupes professionnels
Langue