Les vendeuse·eur·s de rue et les commerçant·e·s de marché

Street vendor Faustina Kai Torgbe sells vegetables and other food in Accra, Ghana. Credit: Jonathan Torgovnik/Getty Images Reportage

Les vendeuse·eur·s de rue et la COVID-19

Histoires des travailleuse·eur·s de StreetNet : allant de la lutte contre les expulsions et contre le harcèlement policier à la construction d'un avenir meilleur grâce au crédit et aux microcrédits, les travailleuse·eur·s de rue qui s’organisent améliorent leurs conditions de vie. Lisez leur témoignage ici.


Une contribution vitale aux économies urbaines

Les vendeuse·eur·s de rue et les commerçant·e·s de marché font partie intégrante des économies urbaines du monde entier, facilitant l’accès à un large éventail de biens et de services à des prix abordables dans les espaces publics. Ces travailleuse·eur·s vendent de tout, qu'il s'agisse de légumes frais ou de repas préparés, de matériaux de construction ou de vêtements et de travaux manuels, de produits électroniques ou de réparations automobiles ou de coupes de cheveux.

E-BOOK : Les vendeuse·eur·s de rue et l’espace public : des idées essentielles sur les principales tendances et les solutions possibles (février 2020) – Par la photo et le texte, cet e-book offre un regard approfondi sur le rôle essentiel que jouent les vendeuse·eur·s de rue dans les villes, sur les défis à relever et sur les solutions qui peuvent rendre les villes plus dynamiques, plus sûres et plus abordables pour toutes et tous.

BLOG : Cinq lectures incontournables sur l'inclusion des vendeuse·eur·s de rue dans l’espace public

BOÎTE À OUTILS : Le soutien aux moyens de subsistance de l’économie informelle dans l'espace public : une boîte à outils pour les autorités locales

Contributions

L’étude de suivi de l’économie informelle (IEMS) de WIEGO a montré en 2012 comment les vendeuse·eur·s de rue de cinq villes contribuent à ce que leurs communautés soient plus fortes :

  • La plupart des vendeuse·eur·s de rue constituent la principale source de revenus du foyer, subviennent aux besoins alimentaires de la famille et paient les frais de scolarité de leurs enfants.
  • Ces travailleuse·eur·s de l’informel entretiennent des liens étroits avec l'économie formelle. Plus de la moitié de l’échantillon a déclaré s’approvisionner chez des entreprises déclarées. Beaucoup de client·e·s travaillent dans l’économie formelle.
  • Beaucoup de vendeuse·eur·s de rue se soucient de la propreté et de la sécurité de la voie publique au bénéfice de leurs client·e·s et leur offrent aussi un service personnel et amical.
  • Les vendeuse·eur·s de rue créent de l’emploi, non seulement pour elles·eux-mêmes, mais aussi pour les porteuse·eur·s, les gardes de sécurité, les opératrice·eur·s de transport et les fournisseuse·eur·s d’entrepôt et pour d’autres métiers.
  • Beaucoup engendrent des recettes pour les administrations locales en payant les frais associés aux licences et aux permis, aux charges et aux amendes et à certains types d’impôts.

Le commerce de rue apporte également du dynamisme à la vie urbaine et, dans de nombreux endroits, il est considéré comme un pilier du patrimoine historique et culturel.

Malgré leurs contributions, les vendeuse·eur·s de rue rencontrent beaucoup de difficultés : souvent sous-estimé·e·s en tant qu'agents économiques, contrairement à d’autres types de commerce, elles·ils sont souvent lésé·e·s plutôt qu'aidé·e·s par les politiques et les pratiques municipales.


Aperçu statistique

Les vendeuse·eur·s de rue offrent des marchandises et des services dans des espaces publics vaguement définis, notamment des espaces en plein air, des carrefours de transport et des chantiers. Les commerçant·e·s de marché font de même dans des étals ou des marchés construits sur des terrains publics ou privés (Note d'information statistique de WIEGO n° 8).

Les vendeuse·eur·s de rue constituent une importante population active très visible dans les villes, même s’il est difficile d'estimer leur nombre avec précision (en savoir plus ici sur les défis de générer des statistiques sur les vendeuse·eur·s de rue). Le programme de Statistiques de WIEGO publie des données basées sur des statistiques officielles concernant tant les vendeuse·eur·s de rue que les commerçant·e·s de marché. En 2012, WIEGO a généré des données sur la vente de rue dans onze villes de dix pays (Document de travail de WIEGO n° 9). Les vendeuse·eur·s de rue et les commerçant·e·s de marché constituent deux groupes des travailleuse·eur·s figurant dans la série la plus récente des Notes d’information statistique qu’a publiées WIEGO à propos des travailleuse·eur·s de l’informel. Elles en offrent des statistiques relatives à leur nombre, leurs modalités de travail et leurs caractéristiques en prenant comme base les statistiques officielles aux niveaux urbain, municipal et national.

Les vendeuse·eur·s de rue et les commerçant·e·s de marché représentent une partie significative de la population occupée dans les pays en voie de développement :

  • Au Ghana (2015), 39 % des femmes et 10 % des hommes employé·e·s en milieu urbain dans le pays sont des commerçant·e·s de marché ; tandis que 5 % des femmes et 1 % des hommes sont des vendeuse·eur·s de rue. Conjointement, ces deux groupes représentent 29 % de l’emploi total urbain (Note d'information statistique de WIEGO n° 21).
  • Dans les huit principales régions métropolitaines de l'Afrique du Sud (2018), 3 % des femmes et 2 % des hommes qui y travaillent sont des vendeuse·eur·s de rue ; tandis qu’1 % des travailleuse·eur·s, femmes et hommes, sont des commerçant·e·s de marché. Ensemble, ces personnes représentent 2 % de la population occupée dans ces huit régions (Note d'information statistique de WIEGO n° 19
  • En Inde (2017/2018), 3 % des femmes et 5 % des hommes employé·e·s en milieu urbain sont des vendeuse·eur·s de rue et des commerçant·e·s de marché, ce qui représente 4 % de l’emploi total urbain (Note d'information statistique de WIEGO n° 24). En 2018/2019, 4 % des femmes et 2 % des hommes employé·e·s en milieu urbain étaient des vendeuse·eur·s de rue et des commerçant·e·s de marché, ce qui représentait aussi environ 4 % de l’emploi total urbain (regardez les tableaux sous le titre « Additional Data for India », disponibles ici).
  • En Thaïlande (2017), 4 % des femmes et 3 % des hommes employé·e·s en milieu urbain sont des commerçant·e·s de marché ; 3 % des femmes et 2 % des hommes employé·e·s en milieu urbain sont des vendeuse·eur·s de rue, représentant 6 % de l’emploi total urbain (Note d'information statistique de WIEGO n° 20).
  • Au Mexique (2019), 3 % des femmes et 2 % des hommes employé·e·s en milieu urbain sont des commerçant·e·s de marché ; 4 % des femmes et 3 % des hommes sont des vendeuse·eur·s de rue. Ensemble, ces travailleuse·eur·s représentent 6 % de l’emploi urbain (Note d'information statistique de WIEGO n° 22).
  • Au Pérou (2015), 10 % des femmes et 4 % des hommes employées en milieu urbain non-agricole (en dehors de Lima) sont des vendeuse·eur·s de rue ; 6 % des femmes et 2 % des hommes sont des commerçant·e·s de marché. Conjointement, ces groupes représentent 11 % de l’emploi urbain non-agricole en dehors de la capital, Lima (Note d'information statistique de WIEGO n° 16).

La vente de rue, le commerce de marché et le genre

Les statistiques ci-dessus indiquent que le commerce de rue et de marché est en général une source d'emploi plus importante pour les femmes que pour les hommes. De plus, une part bien supérieure de femmes que d'hommes vendent des denrées alimentaires et d'autres produits périssables (Roever 2014 ; Note d'information statistique de WIEGO n° 16), étant ceux-ci plus susceptibles que d'autres biens de s’abîmer ou d'être confisqués. Les recherches montrent également que les vendeuses de rue gagnent habituellement moins que les hommes – et, dans plusieurs pays, moins de la moitié que les hommes (Chen et Snodgrass 2001 ; Note d'information statistique de WIEGO n° 16). La différence de revenus ne s'explique pas entièrement par le fait que les femmes travaillent moins d'heures que les hommes : l'étude réalisée au Pérou a révélé que, bien que les commerçantes de marché et les vendeuses de rue travaillent moins d'heures que les hommes, leurs revenus nets par heure de travail sont inférieurs à ceux des hommes dans le cas des commerçantes de marché et des vendeuses de rue en milieu urbain (en dehors de Lima). Seules les vendeuses de rue à Lima avaient des revenus nets par heure de travail légèrement supérieurs à ceux des hommes (Note d'information statistique de WIEGO n° 16).

A newspaper vendor in Lima, Peru. Credit: Juan Arredondo/Getty Images Reportage
Un vendeur de journaux à Lima, au Pérou. Photo : Juan Arredondo/Getty Images Reportage

Moteurs et conditions de travail

Les faibles barrières à l'entrée, les frais initiaux limités et la flexibilité des horaires font partie des facteurs qui attirent les vendeuse·eur·s de rue vers ce métier. Beaucoup de personnes se lancent dans la vente de rue parce qu'elles ne trouvent pas d'emploi dans l'économie formelle.

Mais survivre en tant que vendeuse·eur de rue exige un certain niveau de compétences. La concurrence entre les vendeuse·eur·s pour l'espace dans la voie publique et pour l'accès aux client·e·s est rude dans beaucoup de villes. Il faut aussi être capable de négocier efficacement avec les grossistes et les client·e·s.

Le commerce de rue peut constituer un moyen de subsistance viable, mais les revenus sont faibles et les risques élevés pour beaucoup de vendeuse·eur·s, en particulier pour les personnes qui vendent des fruits et légumes frais (Roever 2014). L'insécurité du lieu de travail est d’ailleurs un problème important pour les personnes qui travaillent dans la rue, de même que l’absence d’un entrepôt, le vol ou la détérioration des stocks.

Les arrêtés concernant le commerce de rue peuvent s’avérer embrouillés et les licences difficiles à obtenir, ce qui rend les vendeuse·eur·s de rue vulnérables au harcèlement, aux confiscations et aux expulsions. En savoir plus sur les vendeuse·eur·s de rue et le droit.

Santé et sécurité au travail

Du fait du travail en extérieur, les vendeuse·eur·s de rue et leurs marchandises se trouvent sous un fort ensoleillement, de fortes précipitations, de chaleurs étouffants ou de froids extrêmes. À moins de travailler dans un marché, la plupart ne sont pas à l’abris, n’ont pas accès à l’eau courante ni aux toilettes à proximité du lieu de travail. Un accès insuffisant à l'eau potable est un souci majeur, notamment pour les vendeuse·eur·s de repas préparés.

Les vendeuse·eur·s de rue font face aussi à d'autres risques professionnels courants. Beaucoup soulèvent et transportent de lourdes charges de marchandises vers et depuis leur point de vente. Les commerçant·e·s de marché risquent des blessures à cause de l'absence d'équipements appropriés de sécurité incendie et les vendeuse·eur·s de rue sont exposé·e·s à des risques physiques en raison de la mauvaise réglementation de la circulation dans les zones commerciales.

Des services insuffisants de collecte des déchets et d'assainissement entraîne des conditions de marché peu hygiéniques et vont à l’encontre tant des ventes que de la santé des vendeuse·eur·s et celle de leurs client·e·s.

Voici le témoignage d’une traiteuse autochtone dans un marché à Accra, au Ghana.

La vulnérabilité face aux ralentissements économiques

La crise de la COVID-19 a eu un impact profond dans la capacité des vendeuse·eur·s à protéger leurs moyens de subsistance. Pour en savoir plus, cliquez ici.

La COVID-19 n’est pas la première crise à toucher durement les vendeuse·eur·s de rue. Les ralentissements économiques ont des répercussions importantes pour les revenus des vendeuse·eur·s. En 2009, un projet de recherche dans des Villes inclusives a révélé que beaucoup de vendeuse·eur·s de rue ont fait état d'une baisse de la demande et d'une augmentation de la concurrence, les personnes récemment sans emploi se tournant vers la vente pour gagner leur vie.

Une deuxième phase de recherche, effectuée en 2010, a constaté que la demande n’avait pas rebondi pour la plupart des vendeuse·eur·s de rue et beaucoup se sont donc vu·e·s dans l’obligation d’augmenter leurs prix en raison des coûts plus élevés des marchandises. La concurrence s'était encore accrue, les gros détaillants tentant agressivement d'attirer les client·e·s.

En 2012, l’Étude de suivi de l’économie informelle a confirmé que la hausse des prix et la concurrence accrue touchaient toujours les vendeuse·eur·s de rue dans plusieurs villes. Ce groupe a déclaré que leur stock coûtait plus, mais qu’il était difficile d’imposer cette hausse de prix aux consommatrice·eur·s, qui s'attendent à faire du marchandage dans la rue. Plus de concurrence, cela veut dire moins de revenus pour les vendeuse·eur·s de rue.

Street vendors in Durban, South Africa, set up shop near transport hubs to attract passing trade. Credit: Jonathan Torgovnik/Getty Images Reportage
Les vendeuse·eur·s de rue à Durban, en Afrique du Sud, s'installent près des plateformes de transit pour attirer la clientèle de passage. Photo : Jonathan Torgovnik/Getty Images Reportage

Politiques et programmes

La vente de rue suscite une vive polémique dans les villes du monde entier. Les principaux débats portent sur la déclaration de l’activité auprès des autorités et la fiscalité, sur les droits individuels par opposition aux droits collectifs, sur les réglementations en matière de santé et de sécurité – en particulier lorsqu'il s'agit de denrées alimentaires – ainsi que sur la planification et la gouvernance urbaines.

Une analyse faite par l’équipe de Politiques urbaines de WIEGO a révélé que les vendeuse·eur·s de rue font face à une hostilité toujours grandissante dans le monde entier alors qu'elles·ils se battent pour avoir accès à l'espace public.

Les politiques urbaines et les stratégies de développement économique local donnent rarement la priorité à la sécurité des moyens de subsistance des travailleuse·eur·s de l’informel. Et plus encore, les projets de rénovation urbaine, la modernisation des infrastructures et les méga-événements les déplacent habituellement des marchés naturels, laissant les plus démuni·e·s sans lieu de travail.

La documentation des bonnes pratiques nous démontre à quel point les vendeuse·eur·s de rue peuvent être une partie de la solution face à des défis de gestion urbaine, tels que la criminalité et le nettoyage. De même, les infrastructures de base – des abris, des toilettes, de l’électricité et de l’eau – peuvent à la fois améliorer l'environnement de travail des vendeuse·eur·s de rue et rendre l'espace public plus sûr, plus confortable et plus agréable.

Certaines villes travaillent avec des organisations de vendeuse·eur·s de rue pour formuler des politiques, des programmes et des pratiques innovants qui permettront à ces personnes de se faire entendre afin de rendre leur ville plus inclusive.

Bangkok était une chef de file lorsqu’il s’agit de vente de marchandises et de services dans les espaces publics, de jour comme de nuit. Pour examiner comment cela s’est produit, « La vente dans l'espace public : le cas de Bangkok » (Yasmeen et Nirathron 2014) tient compte notamment de l'évolution de l'agenda politique et économique du pays. Cependant, l'administration métropolitaine de Bangkok (BMA), dirigée par une junte militaire depuis 2014, a expulsé des dizaines de milliers de vendeuse·eur·s de rue à Bangkok, dont la résistance a été acharnée.


Organisation et représentation

Les organisations de base aident les vendeuse·eur·s de rue à gérer leurs relations avec les autorités, à créer de la solidarité et à résoudre les problèmes entre des vendeuse·eur·s. Plusieurs d'entre elles ont mis au point des méthodes innovantes pour collaborer avec les administrations locales afin de maintenir les rues propres et sûres tout en assurant des moyens de subsistance pour ce groupe de travailleuse·eur·s. Parmi les principales revendications des vendeuse·eur·s de rue et des commerçant·e·s de marché qui se sont organisé·e·s figurent la mise en place d'infrastructures – y compris des espaces de vente et de stockage désignés et conçus de manière appropriée, de même que des toilettes –, l'accès à l'eau et à l'électricité à un prix abordable pour soutenir leurs activités économiques, la couverture sociale, la fin des réglementations et des pratiques municipales nuisibles et l’inclusion des travailleuse·eur·s à tous les niveaux de prise de décision sur les questions qui les concernent.

Dans le but de satisfaire ces revendications, une stratégie adoptée par les organisations de vendeuse·eur·s de rue et de marché consiste à insister pour que les autorités locales les reconnaissent comme des parties aux négociations et, à la fois, conviennent des forums de négociation locaux. À l’appui de cet objectif, WIEGO et StreetNet International ont élaboré un manuel portant sur les négociations collectives des travailleuse·eur·s de l’informel comme partie intégrante de l’organisation de l’économie informelle : une série de livres de référence pour les organisatrice·eur·s.

Voici quelques exemples de réussites :

  • L’Association des femmes indépendantes (SEWA) et l’Association nationale des vendeuse·eur·s de rue de l’Inde (NASVI) ont contribué à faire de la Loi nationale indienne sur la vente de rue une réalité. Cette loi nationale reconnaît, réglemente et protège les moyens de subsistance des vendeuse·eur·s de rue.
  • À Durban, en Afrique du Sud, les organisations des vendeuse·eur·s de rue se sont unies (soutenues par Asiye eTafuleni, StreetNet International, des syndicats et d’autres organisations de la société civile) pour lutter contre la démolition du marché à la jonction de Warwick dans le centre-ville de Durban, laquelle visait à faire place à un centre commercial de l’économie formelle. À ce propos, lisez Sauver le « Marché mère ». Cependant, ces vendeuse·eur·s font face sans cesse à de nouvelles menaces et doivent continuer de faire preuve de résilience et de solidarité.

En 2000, des organisations nationales de vendeuse·eur·s de rue et de marché de partout dans le monde s'unissaient pour former StreetNet International (SNI), comme moyen d'amplifier la voix de leurs membres au niveau international. WIEGO a pleinement soutenu la formation du SNI et continue de travailler en étroite collaboration avec elle, en lui fournissant un soutien technique et organisationnel.
 

En savoir plus, consultez Le travail d’organisation et les organisations.


Spécialiste de WIEGO

Caroline Skinner
Directrice du Programme de politiques urbaines


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[Photo en haut de la page] Faustina Kai Torgbe, vendeuse de rue, vend des légumes et d’autres aliments à Accra, au Ghana. Photo : Jonathan Torgovnik/Getty Images Reportage
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